L’année 2015 aura été difficile pour les PME françaises du BTP, subissant le contrecoup d’un marché national et européen en berne. Équipés pour affronter les marchés internationaux, les grands groupes français ont de leur côté réussi à investir des marchés plus prometteurs hors du continent européen. Et bien leur en a pris ! C’est ce que révèle l’étude publiée cet été par le cabinet Deloitte « European Powers of Construction ».

Vinci, Bouygues, Eiffage : ils sont trois aujourd’hui à truster le top 5 des entreprises de BTP en Europe par les ventes. Sur le marché du bâtiment européen, la France devance ainsi l’Espagne et le Royaume-Uni, avec près de 85,9 milliards d’euros de gains, soit près du quart du volume des investissements. Et le scénario se répète à l’international : la Chine en tête, les trois groupes français prennent respectivement la seconde, quatrième et sixième place.

L’innovation à la française

A quelques semaines de la COP21, l’attention se tourne vers les acteurs du BTP, qui ont véritablement une carte à jouer pour limiter le réchauffement climatique. Une demi-journée sera d’ailleurs consacrée au bâtiment lors de l’événement, le 3 décembre 2015. Avec un désir d’innovation toujours plus important, notamment en ce qui concerne l’éco-construction, les groupes français se positionnent en expert sur le marché mondial, mais aussi national. Car la loi du la transition énergétique est passée par là : avec les chantiers de rénovation des parcs immobiliers résidentiels et tertiaires, les commandes recommencent à arriver. Le bâtiment est aujourd’hui placé au cœur de la lutte contre de réchauffement climatique et de la réduction de la consommation, surtout dans les pays du Nord, toujours à la recherche de nouveaux moyens d’économiser une énergie chère et de plus en plus rare, notamment en ce qui concerne le chauffage.

Une sensibilisation que les gouvernements et acteurs de l’environnement souhaitent également transmettre aux pays en voie d’urbanisation comme dans certains pays d’Afrique, où 80% des logements qui seront habités en 2050 ne sont pas encore construits. Au sein des territoires où la priorité est d’abord de répondre aux besoins en construction, prendre conscience des problématiques environnementales est aujourd’hui indispensable.

Devenir un partenaire de choix pour les pays en voie d’urbanisation, voilà tout l’enjeu aujourd’hui. Sur le continent Africain, au Nigéria par exemple, ou encore au sein des « Tigres asiatiques », qui constituent de véritables foyers d’opportunités, et où les entreprises françaises ont déjà commencé à s’investir sur des projets immobiliers, de modernisation des infrastructures ou encore sur des projets d’exploration et d’exploitation dans le secteur pétrolier.

Portés par les marchés émergents

Face aux maigres perspectives présentées par le marché français en crise, les grands groupes du bâtiment ont viré de bord, imposant peu à peu leur rythme à l’international. Chacun avec leur stratégie propre, ils ont réussi à faire valoir leur savoir-faire, bénéficiant par ailleurs de structures leur garantissant un capital technique important, ainsi qu’une grande capacité d’innovation. Si Vinci et Bouygues font encore 60% de leur chiffre d’affaire en 2014 sur le territoire français, l’internationalisation est en marche. (En 2014, Bouygues a réduit de 6% son niveau de diversification, tout en augmentant de 5% ses activités à l’étranger). Et ce n’est pas fini !

Les entreprises de BTP françaises sont aujourd’hui les premiers acteurs sur la région africaine, et notamment Vinci, avec sa filiale Sogea-Satom, spécialisée dans la construction de route, avec entre autres les travaux de l’autoroute Bamako-Koulikoro au Mali, mais aussi dans le génie civil ou encore l’ingénierie hydraulique. Bouygues et Vinci de leur côté ont récemment obtenu de mener à bien la suite du projet de métro au Caire, pour réaliser 5,15 km de tunnels sur la ligne 3 du réseau de transport de la capitale. Fayat, numéro quatre du BTP en France, a lui aussi pris le virage des pays émergents. Déjà présent en Afrique, sur des projets de travaux publics au Mali et de gestion de réseaux électriques et d’énergie au Mozambique, l’entreprise met à présent le cap sur l’Asie, avec un premier contrat au Myanmar.

Convaincants, les Français sont présents sur des projets très variés. Des opportunités qui s’ouvrent bientôt aux PME françaises en Asie, avec l’exemple de Singapour, qui prévoit de doubler la taille de son réseau de transports. Ville riche en souterrains, notamment pour y stocker ses hydrocarbures, Vinci y a d’ailleurs remporté un contrat de 115 millions d’euros l’année passée, pour y créer une nouvelle installation.

Singapour, Le Caire… Autant de marchés émergents très demandeurs en termes d’infrastructures, séduits par l’expertise des français du bâtiment, leur capacité d’innovation, et leur aptitude à proposer des solutions globales à leurs clients, prenant en charge les opérations tout au long de la chaine du projet. Des marchés qui suscitent d’ailleurs beaucoup l’intérêt des experts du BTP chinois, devenus les premiers acteurs du secteur dans le monde, portés par un marché interne gigantesque.

Une éclaircie à l’horizon

En 2015, le développement à l’international des grands groupes français leur a permis de corriger la faiblesse du marché national. Mais les perspectives sont en train de s’éclaircir pour le bâtiment. Cette année, la commission européenne tablait sur une croissance des investissements aux alentours de 2,1%, une tendance qui devrait continuer de croître sur 2016, avec une augmentation qui pourrait atteindre les 3,5%.

En France, plusieurs projets devraient permettre aux acteurs du BTP, et notamment les PME, de retrouver des couleurs, notamment avec l’immense chantier du Grand Paris à l’horizon 2030. Une reprise des activités également impulsée par d’importantes rénovations sur le territoire en France et en Europe, et qui permet de regarder l’avenir du secteur d’un oeil optimiste.